Le pastafarisme n’est pas une ‘religion’

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Mienke de Wilde, adepte du pastafarisme, portant la fameuse passoire prônée par l’Église du Monstre volant en spaghettis (source : https://www.theguardian.com/world/2018/aug/16/pastafarianism-is-not-a-religion-dutch-court-rules?CMP=Share_iOSApp_Other ; photographe : Piroschka van de Wouw/EPA).

Le pastafarisme n’est pas une religion au sens de la loi néerlandaise

En mai 2016, nous traitions de la situation du pastafarisme, lequel commençait alors à s’inviter dans le débat public belge[1]. A cette occasion, nous rappelions que ce n’est pas l’aspect quelque peu comique que peut sembler recouvrir cette pratique qui pose question mais bien celle de la prise au sérieux du pastafarianisme comme religion, notamment avec les droits et obligations qui y sont attachés.

C’est à cette question qu’a dû répondre récemment la justice néerlandaise. En effet, une étudiante en droit adepte du pastafarisme se plaignait du refus de la part des autorités qu’elle figure avec une passoire sur la tête sur la photo d’identité de son passeport.

A cet égard, l’on notera que, selon le site officiel de l’Église du Monstre volant en spaghettis (MVS), pour devenir pastafarien, il n’y a aucune condition à remplir, ni aucune cérémonie à suivre ; il suffit de le vouloir. Le site insiste également sur le fait que les vrais pastafariens n’abandonnent pas quand on leur rétorque qu’ils ne sont pas adeptes d’une « vraie » religion et il invite les adeptes à porter une passoire sur leur tête.

Le pastafarisme a été créé en 2005 par un étudiant américain et porte en dérision une série de pratiques religieuses. Néanmoins, il est reconnu dans certains pays comme la Nouvelle-Zélande où le premier mariage pastafarien a d’ailleurs été célébré en 2015. Par ailleurs, dans certains pays, des requérants ont gagné leur bataille juridique engagée pour le port de la passoire sur leur photo d’identité. Ce fut notamment le cas du Tchèque Lukas Novy en 2013. En outre, en 2014, Christopher Schaeffer fut le premier homme politique américain à prêter serment en portant une passoire sur la tête devant le Conseil de la ville de New York.

Dans le cas d’espèce, l’étudiante hollandaise qui réclamait pouvoir figurer avec une passoire sur sa tête sur son passeport a été déboutée par le Conseil d’Etat ce 16 août dernier. Selon la Haute juridiction, le pastafarisme est une satire et elle rappelle, dans son arrêt, l’importance de la liberté d’expression des critiques satiriques à l’égard des religions et de leurs dogmes. Néanmoins, selon le Conseil d’Etat néerlandais, le pastafarisme ne consiste aucunement une religion sérieuse, ce qui fait que la requérante ne peut prétendre porter de passoire sur la photo d’identité de son passeport[2].

La requérante déboutée a annoncé ne pas vouloir en rester là et elle envisage de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Pour l’instant, cette dernière n’a encore rendu aucun arrêt en la matière. Néanmoins, il y a fort à parier pour qu’elle rejette également le recours de la requérante pastafarienne puisque dans sa jurisprudence constante, la Cour de Strasbourg estime que « tel qu’il est garanti par l’article 9 de la Convention, le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ne vaut certes que pour les convictions qui atteignent un degré suffisant de force, de sérieux, de cohérence et d’importance »[3].

Stéphanie Wattier
Chargée de cours à l’Université de Namur
Chercheuse associée à la Chaire de droit des religions de l’UCLouvain


[1]L.-L. Christians, « Le test pastafarian », Blog OJUREL, 2016, disponible sur : http://ojurel.be/2016/05/09/le-test-pastafarian/

[2]https://www.ad.nl/binnenland/mienke-krijgt-haar-zin-niet-pastafarisme-is-geen-godsdienst~a3ebd386/

[3]Voy. entre beaucoup d’autres : Cour eur. D.H. (GC), arrêt İzzettin Doğan et autres c. Turquiedu 26 avril 2016, § 68.



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